• François DesRosiers

Émotion épineuse



Cette tendresse m’émeut. Voir une mère allaiter m’a toujours rendu émotif. Que ce soir chez l’humain ou l’animal, l’effet est le même. Il y a dans ce geste un abandon et un don de soi total. C’est du moins ce que je pense. Ça doit être différent pour chaque être. Ne pas allaiter ne veut surtout pas dire que vous n’êtes pas une bonne mère, comprenez-moi bien. J’y voit le côté romantique et tendre du geste. Une chatte avec ses petits minous, une jument avec son poulain et pourquoi pas un porc-épic avec son paquet de cure-dent.

Ce qui fait que hier, j’ai assisté à un premier allaitement de porc-épic de ma vie. Pourtant des porc-épics j’en vois depuis ma plus tendre enfance et ça, ça fait un bon bout de temps. J’en ai vu dormir dans les arbres, manger dans d’autres arbres, déguster le plywood des portes de chalet, gruger des chaloupes, marcher tranquillement dans un chemin, écrapoutit sur le bord de la route, beaucoup de ça et dans toutes les conditions. J’en ai mangé cru, cuit simplement dans le beurre ou avec de la sauce. Ça aide parfois à finir les mois que d’avoir de la bouffe facile à chasser, en plus du lièvre et la perdrix.

Jamais je ne suis allé voir leurs ébats amoureux. Je suis pudique et ne suis pas très sado-maso, alors les échanges piquants et douloureux, très peu pour moi. Je suis un tendre.


Pour hier, c’est ma Cocotte qui les a vu en premier. Ils étaient deux beaux gros porc-épics qui avançaient tranquillement dans le sentier du parc Forillon dans le coin de Cap-DesRosiers, évidemment. Relax et confiant comme un porc-épic qui entend pas de camion au loin sur la 117. Ce qui fait que n’écoutant que mon courage, je me suis dit, quelle belle occasion de faire de la photo animalière de paresseux. Non, non les amis, c’est pas ça du tout. Premièrement, grâce à ma grande expérience de chasseur d’animaux sauvages, je sais très bien qu’un porc-épic lance pas ses dards, comme les abeilles et les maringouins. Il faut que tu sois dessus pour que ça fasse mal, ou l’inverse, le résultat est le même.


Pour avoir une belle vue de face, je les contourne rapidement et me met à une bonne distance pour les photographier. Je peux-tu vous dire qu’une mère qui a les sourcils retroussés et qui arrive vers toi d’un air décidé, ça porte à reculer un peu et à avoir des photos avec un peu de bouger. Ce n’est pas la peur, mais la prudence qui me dit, Desros, change de place la madame est pas contente..



Je trouve donc une place avec une belle vue à l’écart du sentier qui me permet de faire un beau portrait de famille quand tout à coup. J’en ai encore les larmes aux yeux. Le bébé regarde sa mère tendrement, s’approche d’elle doucement et lui frotte le nez avec le sien. Déjà là, je suis surpris et entre deux reniflements, je suis ému que je vous dis, je continu mes photos. Ça va être ok comme ça, comme épanchement de douceur. Mais non, ça fait juste commencer.


La mère se met sur ses pattes arrières, en équilibre avec sa queue, écarte les bras comme pour accueillir l’enfant prodigue ou faire un discourt de remontrance et bébé piquant se met à chercher une mamelle à l’épreuve de ses dents. Ça, ça m’a tué. Pas de mouchoir dans le bois, reste que les manches de ma chemise pour essuyer mon déluge de larmes. Ok, j’exagère un peu, mais c’était beau en ta! Tout en allaitant le petit, maman porc-épic avait les deux gros yeux sombres vers moi et les griffes bien sorties. Ça n’a pas duré longtemps. Pas le temps de jouer, de s’amuser. Le complexe d’Œdipe sera pour une autre fois.


Et voilà la petite famille repart savourer les églantiers dans le champs voisin. Pas besoin de vous dire comment j’étais heureux de ce que je venais de vivre. Comme quoi, il ne faut jamais avoir de préjugé. C’est pas parce que tu as les cheveux dans les airs, bleus et des tatous que t’es pas une bonne personne.

Le reste de la randonnée s’est fait dans la joie et l’allégresse en me demandant si il y a une place pour vendre mes belles photos assez uniques. Un porc-épic c’est pas la bête plus sexy, ce qui fait qu’on voit pas beaucoup de photos d’eux. Faut que ça change les amis.

À bientôt pour une autre « chronique du fond des bois »


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